La petite finale : match détesté ou médaille d'or en bronze ?
Bref aperçu
La petite finale de la Coupe du monde, disputée depuis 72 ans, oppose samedi l'Angleterre à la France. Si entraîneurs et joueurs la rejettent souvent, elle offre une chance aux remplaçants et peut marquer l'histoire, comme pour la Croatie en 2022.
La petite finale — que la Fifa nomme la « Bronze Final » — est un match qui se joue à chaque Coupe du monde depuis 72 ans. Samedi, à Miami, ce sera au tour de l'Angleterre et de la France de s'affronter pour la troisième place.
Le sélectionneur français Didier Deschamps a résumé l'état d'esprit de son groupe avant la rencontre : « Le mieux pour la France et l'Angleterre serait que ce match n'existe pas. » Même son de cloche du côté anglais : après la défaite contre l'Argentine à Atlanta mercredi soir, Thomas Tuchel a déclaré : « Aucun de nos joueurs ni aucun des joueurs français ne veut jouer ce match. » Mais vendredi, face aux médias, Tuchel s'est montré plus positif : « Si nous gagnons demain, nous obtenons le meilleur résultat d'une Coupe du monde depuis 60 ans. C'est une perspective. »
Une occasion pour les remplaçants et les supporters
La petite finale offre une opportunité aux joueurs qui ont peu joué ou qui n'ont pas encore participé au tournoi de fouler la pelouse. Les supporters, qui ont payé leurs billets et leur voyage, attendent un spectacle. L'Angleterre pourrait ainsi donner ses premières minutes en Coupe du monde à James Trafford ou à Kobbie Mainoo. À l'inverse, l'ancien défenseur de Liverpool et de l'équipe de France Ibrahima Konaté, qui n'a joué que 14 minutes dans le tournoi (lors du troisième match de groupe contre une Norvège largement remaniée), n'envisage pas avec enthousiasme d'ajouter du temps de jeu à Miami : « Aucun de nous ne veut jouer ce match pour la troisième place. Mais nous n'avons pas le choix. »
Un match à l'histoire contrastée
Introduite en 1934, la petite finale est devenue un rendez-vous régulier à partir de 1954. L'Angleterre y a participé deux fois depuis 1966 : une défaite contre l'Italie, pays hôte, en 1990, et une autre contre la Belgique en 2018 en Russie. La Croatie, elle, a embrassé ce match en 2022, après avoir été finaliste en 2018. Son sélectionneur Zlatko Dalic a déclaré après la victoire 2-1 contre le Maroc : « Nous avons gagné la médaille de bronze, et elle a une couche dorée. C'est comme si nous avions gagné l'or ce soir. » Le buteur croate Mislav Orsic a qualifié son but de « plus important de sa carrière ». En revanche, le sélectionneur marocain Walid Regragui avait qualifié la petite finale de « lot de consolation ».
Pourquoi la Fifa maintient-elle ce match ?
La Fifa ne publie pas de défense détaillée de cette rencontre, mais plusieurs raisons sont généralement avancées :
- Elle détermine qui reçoit la médaille de bronze et qui est officiellement quatrième.
- Elle influence le classement final officiel, les records historiques et les statistiques des joueurs.
- Il existe une différence de prime entre la troisième et la quatrième place, d'environ 2 millions de dollars (près de 1,5 million de livres sterling).
- Elle offre un match supplémentaire aux spectateurs, aux diffuseurs et aux partenaires commerciaux (même si le tournoi est déjà passé de 64 à 104 matches cet été).
Un intérêt sportif ?
La petite finale a souvent été décisive pour le Soulier d'or de la Coupe du monde. Sur les sept joueurs ayant marqué lors de ce match, quatre ont eu besoin de ces buts pour remporter le titre : Thomas Müller (Allemagne, 2010), Davor Suker (Croatie, 1998), Salvatore Schillaci (Italie, 1990) et Leonidas (Brésil, 1938). Grzegorz Lato (Pologne, 1974), Eusébio (Portugal, 1966) et Just Fontaine (France, 1958) ont également marqué en petite finale et remporté le Soulier d'or. Harry Kane, meilleur buteur du tournoi en 2018, a débuté la petite finale contre la Belgique mais n'a pas marqué.
Le match est aussi souvent prolifique en buts : il faut remonter à 52 ans pour trouver une petite finale avec moins de deux buts, et 11 des 12 matches depuis 1974 ont dépassé les trois buts.
« Ce match ne devrait jamais être joué »
Avant d'écraser le Brésil 3-0 en 2014, le sélectionneur néerlandais Louis van Gaal avait qualifié la petite finale d'injuste : « Ce match ne devrait jamais être joué. Je le dis depuis dix ans ; c'est injuste. » Le match avait eu lieu quelques jours après la défaite des Pays-Bas aux tirs au but en demi-finale contre l'Argentine, et après l'humiliation du Brésil 7-1 contre l'Allemagne à domicile. Van Gaal avait ajouté : « Le pire, c'est qu'il y a une chance de perdre deux fois de suite. Et dans un tournoi où vous avez joué merveilleusement bien, vous rentrez chez vous en perdant. » Avant la dernière participation de l'Angleterre à la petite finale, Gareth Southgate avait déclaré : « Pour être honnête, ce n'est pas un match qu'une équipe veut jouer. »
Malgré ces critiques, rien n'indique que la Fifa envisage de supprimer cette rencontre. Elle permet d'établir un classement définitif, et gagner une médaille de bronze peut avoir une grande importance pour les pays qui accèdent rarement à ce stade de la compétition. La question est de savoir si elle survivra à une Coupe du monde à 64 équipes, qui compterait 128 matches sur six semaines.
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