«Animaux», main de Dieu et Beckham : la rivalité Argentine-Angleterre en Coupe du monde

Bref aperçu
La rivalité footballistique entre l'Argentine et l'Angleterre, marquée par des tensions politiques et des moments controversés, a débuté en 1962. De la « main de Dieu » de Maradona à l'expulsion de Beckham, chaque rencontre a laissé une empreinte indélébile.
La rivalité footballistique entre l'Argentine et l'Angleterre est l'une des plus intenses de l'histoire du sport. Elle dépasse largement le cadre du terrain, mêlant politique, fierté nationale et moments de génie pur. Alors que les deux équipes s'apprêtent à s'affronter mercredi à Atlanta pour une place en finale de la Coupe du monde 2026, Lionel Messi jouera pour la première fois de sa carrière contre l'Angleterre, tandis que les Three Lions de Thomas Tuchel espèrent mettre fin à 60 ans de souffrance. Retour sur six décennies de controverses, de buts inoubliables et de cartons rouges.
Les débuts d'une rivalité (1962-1966)
1962 : un premier choc sans histoire
Le premier match de Coupe du monde entre les deux nations eut lieu le 2 juin 1962 à Rancagua, au Chili, lors de la phase de groupes. Ce fut une rencontre relativement calme comparée à ce qui allait suivre. L'Angleterre s'imposa 3-1 grâce à des buts de Ron Flowers, Bobby Charlton et Jimmy Greaves, tandis que l'Argentine réduisit l'écart en fin de match. Les deux équipes terminèrent la phase de groupes avec une victoire, une défaite et un match nul, mais l'Angleterre se qualifia aux dépens de l'Argentine grâce à une meilleure différence de buts. Les Three Lions furent ensuite éliminés en quarts de finale par le Brésil, futur vainqueur.
1966 : la naissance de l'animosité
Le véritable tournant de la rivalité eut lieu le 23 juillet 1966 à Wembley, en quarts de finale. L'Angleterre l'emporta 1-0, mais les Argentins contestent encore aujourd'hui ce résultat, affirmant que le but de Geoff Hurst était hors-jeu. Ce ne fut que la partie émergée de l'iceberg. Le capitaine argentin Antonio Rattin fut expulsé après seulement 33 minutes pour deux fautes en trois minutes : un tacle sur Bobby Charlton, puis des contestations répétées envers l'arbitre allemand Rudolf Kreitlein. Rattin refusa de quitter le terrain, provoquant une interruption de près de huit minutes. Le match, d'une rare violence, poussa le sélectionneur anglais Alf Ramsey à qualifier les Argentins d'« animaux » et à interdire à ses joueurs d'échanger leurs maillots. George Cohen, défenseur champion du monde en 1966, confia au Guardian en 2009 : « Les tacles, ça va, mais c'étaient les petites choses sournoises, les crachats, les tirage de cheveux sur la nuque, les oreilles. Ils essayaient de nous intimider. Le problème, c'est que quand ils ont compris qu'ils n'arriveraient pas à leurs fins, ils sont tombés dans les pires excès que j'aie jamais vus. » Ce match est également considéré comme l'une des raisons de l'introduction des cartons jaunes et rouges, utilisés pour la première fois lors de la Coupe du monde 1970 au Mexique. Antonio Rattin, qui a représenté l'Argentine de 1959 à 1969 et participé aux Coupes du monde 1962 et 1966, est décédé samedi à l'âge de 89 ans.
La guerre des Malouines et la « main de Dieu » (1986)
Le quart de finale du 22 juin 1986 au stade Azteca de Mexico reste gravé dans les mémoires. Il intervint seulement quatre ans après la guerre des Malouines (Falklands) entre les deux pays, ajoutant une dimension politique explosive à la rencontre. Les médias et le public argentins présentèrent le match comme un moyen d'exprimer leur ressentiment, tandis que leurs homologues britanniques attisaient également les tensions avec un langage nationaliste. Lourdes Heredia, du BBC World Service, présente dans le stade, raconte : « Mon père n'était pas sûr de vouloir laisser ses "princesses" y aller. Il craignait que les tensions entre supporters argentins et anglais ne dégénèrent. Ma mère n'a pas hésité. Une occasion unique dans une vie. »
Ce match offrit l'un des moments les plus controversés de l'histoire du football : Diego Maradona marqua de la main, donnant l'avantage à l'Argentine. Le numéro 10 argentin sauta pour un ballon aérien avec le gardien anglais Peter Shilton et, sans être vu, choisit de frapper le ballon du poing dans le but vide. Si la VAR avait existé à l'époque, le but aurait été refusé. Pour ajouter à l'ironie, Maradona inscrivit ensuite ce qui est considéré comme le plus beau but de l'histoire de la Coupe du monde : une course de 60 mètres où il dribbla la moitié de l'équipe anglaise, contourna Shilton et marqua. Gary Lineker réduisit l'écart en fin de match, mais l'Angleterre fut éliminée. L'Argentine remporta ensuite la Coupe du monde en battant l'Allemagne de l'Ouest en finale. Maradona ne présenta ses excuses qu'en 2005, excuses que Shilton refusa. Heredia ajoute : « Quand je vivais et travaillais en Argentine, les gens évoquaient régulièrement la main de Dieu. Mais cela fait oublier que le second but était tout simplement spectaculaire, presque incroyable. »
Beckham, Simeone et les penalties (1998-2002)
1998 : l'expulsion de Beckham
Le 30 juin 1998 à Saint-Étienne, en France, les deux équipes se retrouvèrent en huitièmes de finale. Ce match restera à jamais associé à David Beckham. Après que Gabriel Batistuta et Alan Shearer eurent échangé des penalties, Michael Owen inscrivit l'un des plus beaux buts de l'histoire de l'Angleterre, donnant l'avantage aux siens. Mais avant la mi-temps, Javier Zanetti égalisa sur un coup franc bien travaillé. En seconde période, Beckham, victime d'une faute de Diego Simeone, répliqua par un coup de pied, ce qui lui valut un carton rouge. L'Angleterre tint bon et crut même l'emporter quand Sol Campbell marqua de la tête à la 81e minute, mais le but fut refusé pour une poussée. La séance de tirs au but sourit à l'Argentine, après les échecs de David Batty et Paul Ince. Un an plus tard, Simeone admit : « Disons que l'arbitre est tombé dans le piège. C'était difficile pour lui d'éviter car je suis tombé de manière convaincante et dans ces moments-là, il y a beaucoup de tension. On pourrait dire que ma chute a transformé un carton jaune en rouge. Mais en réalité, la sanction la plus appropriée était un jaune. »
2002 : la rédemption de Beckham
Le 7 juin 2002 au Sapporo Dome, au Japon, l'Angleterre prit sa revanche. Beckham, désormais capitaine, marqua l'unique but du match sur penalty après une faute de Mauricio Pochettino sur Michael Owen. Cette victoire cruciale permit aux Three Lions de se qualifier pour les huitièmes de finale, tandis que l'Argentine, tenue en échec par la Suède, fut éliminée dès la phase de groupes pour la première fois depuis 1962. Phil McNulty, chef du service football de BBC Sport, se souvient : « Le futuriste Sapporo Dome fut le théâtre de la rédemption de Beckham et de l'Angleterre lors de la Coupe du monde 2002 au Japon. Les tensions persistantes entre les équipes après le carton rouge de Beckham contre l'Argentine en France quatre ans plus tôt, ainsi que la défaite cruelle aux tirs au but en huitièmes, firent de ce match une occasion très chargée. Et ce fut l'Angleterre – dirigée par Sven-Göran Eriksson, avec Marcelo Bielsa en face – qui sortit victorieuse, sur un score de 1-0, but inscrit sur penalty par Beckham une minute avant la mi-temps, penalty controversé accordé après que le futur entraîneur de Tottenham, Pochettino, eut été jugé coupable d'une faute sur Owen. »
L'Angleterre battit ensuite le Danemark en huitièmes avant d'être éliminée par le Brésil en quarts, sur un coup franc impertinent de Ronaldinho. Depuis 2002, les deux équipes ne se sont plus rencontrées en Coupe du monde, mais leur rivalité reste l'une des plus passionnantes du football mondial.
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