Le football féminin, première victime des projets de la Fifa

Bref aperçu
Le football féminin serait la première victime si le projet de Gianni Infantino de vendre des parts des compétitions à des investisseurs privés aboutit, selon l'ancienne défenseure anglaise Anita Asante.
Le football féminin serait la première victime si le projet du président de la Fifa, Gianni Infantino, de vendre des parts des compétitions à des investisseurs privés aboutit, a déclaré l'ancienne défenseure de l'équipe d'Angleterre, Anita Asante.
Jeudi, les 55 associations membres du football européen ont voté en faveur d'un boycott de toutes les compétitions de la Fifa tant que l'instance dirigeante ne retirera pas les propositions d'Infantino. Cette décision sans précédent marque une escalade significative dans le conflit qui oppose les fédérations régionales à la direction de la Fifa.
La position de l'UEFA sera mise à l'épreuve dès le 5 septembre, lorsque débutera la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans en Pologne. Ce tournoi, qui devait être un moment fort du calendrier footballistique féminin, pourrait être le premier à subir les conséquences de ce bras de fer.
« Les premières victimes seront les tournois de football féminin », a déclaré Asante à BBC Sport. « Je ne pense pas que la Fifa ait pris en compte les implications de sa décision. »
La Fédération polonaise de football (PZPN) a indiqué vendredi qu'elle n'avait reçu aucune information concernant un retrait d'équipes de la compétition et que les préparatifs se poursuivent comme prévu. Cependant, l'incertitude plane sur la participation des équipes, notamment celles des nations européennes.
Un calendrier féminin sous tension
En octobre, l'Angleterre, l'Irlande du Nord, l'Écosse et le Pays de Galles doivent disputer des matchs de qualification pour la Coupe du monde féminine de l'été prochain au Brésil. Ces rencontres sont cruciales pour la qualification des équipes, et tout boycott pourrait compromettre leur participation.
Par ailleurs, la Coupe du monde féminine des moins de 17 ans est prévue en octobre au Maroc. Ce tournoi, qui rassemble les jeunes talents du football féminin mondial, pourrait également être affecté par le conflit.
« C'est ce qui est si frustrant pour les joueuses. On ne peut pas tenir pour acquis l'opportunité de jouer une Coupe du monde », a ajouté Asante. « Si ce problème n'est pas résolu d'ici les qualifications de l'Angleterre, l'impact pourrait être énorme, et le calendrier est déjà chargé. »
La Fifa se défend, mais les oppositions se multiplient
En réponse au boycott de l'UEFA, la Fifa a déclaré vendredi que « personne ne vend le football » et a affirmé que le processus de consultation avait été « perturbé par des rapports médiatiques incorrects ». Cette déclaration n'a pas apaisé les tensions, et plusieurs confédérations ont emboîté le pas à l'UEFA.
La Concacaf, qui régit le football en Amérique du Nord et centrale et qui a accueilli la Coupe du monde cette année, a annoncé que ses 41 associations membres ont « rejeté » la proposition de la Fifa. De son côté, la Confédération asiatique de football (AFC) a publié un communiqué affirmant qu'elle « se solidarise » avec ses homologues européens et nord-américains.
Parallèlement, Carlos Cordeiro, conseiller principal du président de la Fifa, Gianni Infantino, a démissionné de son poste, qualifiant la proposition de « mauvaise affaire pour le football » et affirmant qu'elle « hypothéquerait l'avenir du football ». Cette démission est un signal fort, venant d'un proche collaborateur d'Infantino.
« J'ai été vraiment ravie de voir que l'UEFA avait pris cette position, et ils ont été très clairs dans leur directive et fermes sur la manière dont ils veulent que cela se passe », a ajouté Asante. « Cela enlève ce qui fait l'essence du football et des tournois. Les femmes pourraient être les victimes ici, encore une fois. »
Des plans « tragiques » pour le football féminin
L'ancienne directrice du football féminin à la FA, la baronne Campbell, a déclaré qu'il était « tragique » que le football féminin puisse être le premier à être touché. S'exprimant auprès de Jo Currie de BBC Sport, elle a déclaré : « Je pense que c'est vraiment dommage, mais je soutiens absolument les fédérations régionales qui défendent ce qu'elles croient être juste pour le sport. »
« Je crois fermement que le sport doit être pur – cela ne signifie pas que je ne pense pas que l'investissement commercial ne soit pas important, il est massivement important, mais il ne doit pas prendre le dessus sur le jeu. »
Que prévoit exactement Gianni Infantino ?
La Fifa et Gianni Infantino souhaitent créer une filiale commerciale pour gérer ses principaux événements, y compris les Coupes du monde, et des investisseurs externes pourront y acheter des parts. Selon la Fifa, elle « inviterait des tiers à réaliser des investissements minoritaires et non contrôlants » dans une nouvelle filiale, baptisée Fifa Forward Enterprise (FFE).
Infantino a fixé une échéance au 19 septembre pour que les fédérations de football acceptent ses plans controversés. Dans un document de 25 pages rédigé par la banque d'investissement JP Morgan, il est précisé que les tournois de la Fifa seraient élargis pour atteindre un versement estimé à 24 millions d'euros par association membre pour le cycle 2035-2039.
Le document mentionne également de « nouvelles initiatives commerciales » et « l'attraction de talents de haut niveau avec une rémunération incitative ». La Coupe du monde y est décrite comme l'événement sportif « le plus regardé », mais la Fifa, en revanche, serait « sous-monétisée ». Il n'y a aucune mention du football féminin dans ce document, ce qui soulève des inquiétudes quant à la place qui lui serait réservée dans ce nouveau modèle économique.
Si l'approbation est accordée, la Fifa indique que Thrive Eternal devrait diriger le groupe d'investisseurs proposé pour FFE. Thrive est un fonds de capital-risque américain fondé par Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. Cette implication de proches de l'administration Trump ajoute une dimension politique à ce débat déjà complexe.
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