Le drapeau que les Iraniens ne peuvent pas agiter à la Coupe du monde

Bref aperçu
Des supporters iraniens vivant à Los Angeles expliquent pourquoi ils souhaitent brandir le drapeau d'avant la révolution islamique de 1979, rejetant celui qui figure sur le maillot de leur équipe.
À l'occasion de la Coupe du monde de football, un symbole divise profondément la diaspora iranienne : le drapeau. Alors que l'équipe nationale d'Iran arbore le drapeau officiel de la République islamique, de nombreux supporters, notamment ceux installés à Los Angeles, expriment leur attachement au drapeau tricolore à lion et soleil, utilisé avant la révolution de 1979. Pour eux, ce drapeau représente un Iran laïc, démocratique et moderne, tandis que le drapeau actuel est associé à un régime autoritaire et religieux.
Un symbole d'identité et de résistance
Pour les Iraniens de la diaspora, le drapeau pré-révolutionnaire est bien plus qu'un simple morceau de tissu. Il incarne la mémoire d'un Iran ouvert sur le monde, avant la prise d'otages de l'ambassade américaine en 1979 et l'instauration de la loi islamique. "Quand je vois le drapeau à lion et soleil, je me souviens de mon enfance, des fêtes de Nowruz et de la liberté que nous avions", confie Maryam, une Iranienne de Los Angeles. "Le drapeau actuel me rappelle la répression, les restrictions et la peur."
Cette opposition s'est cristallisée lors des matchs de l'équipe nationale iranienne. De nombreux supporters refusent d'agiter le drapeau officiel, considéré comme un symbole du régime. Certains brandissent même le drapeau pré-révolutionnaire dans les stades, au risque de se faire confisquer leur bien ou d'être expulsés. La Fédération internationale de football association (FIFA) interdit en effet les symboles politiques dans les stades, mais la ligne est floue entre symbole politique et culturel.
Los Angeles, capitale de la diaspora iranienne
Los Angeles abrite la plus grande communauté iranienne hors d'Iran, souvent surnommée "Tehrangeles". On estime à plus de 500 000 le nombre d'Iraniens et d'Irano-Américains vivant dans la région. Beaucoup ont fui après la révolution de 1979 ou lors des vagues de répression suivantes. Pour eux, le football est un lien avec leur patrie, mais aussi un terrain d'expression politique.
"Nous aimons notre pays, mais nous détestons le régime", explique Amir, un ingénieur de 45 ans. "Quand l'équipe nationale joue, nous voulons soutenir les joueurs, mais pas le régime. Le drapeau officiel est devenu un symbole de division." Cette ambivalence se retrouve dans les rassemblements de supporters à Los Angeles, où les deux drapeaux coexistent, mais où le drapeau pré-révolutionnaire est nettement plus présent.
Un débat qui dépasse le sport
La question du drapeau dépasse largement le cadre sportif. Elle reflète les fractures profondes de la société iranienne, entre partisans du régime et opposants, entre ceux qui vivent en Iran et ceux de la diaspora. Les réseaux sociaux s'enflamment à chaque match, avec des hashtags comme #IranFlag ou #LionAndSun. Certains joueurs de l'équipe nationale ont même pris position, comme le gardien Alireza Beiranvand, qui a affiché son soutien aux manifestants lors des protestations de 2022.
Pour les autorités iraniennes, le drapeau officiel est non négociable. Toute tentative de le remplacer est perçue comme une trahison. En 2022, plusieurs supporters ont été arrêtés pour avoir brandi le drapeau pré-révolutionnaire lors de matchs. La télévision d'État iranienne floute systématiquement ce drapeau dans ses diffusions, le considérant comme un symbole séditieux.
Un avenir incertain
Alors que la Coupe du monde bat son plein, le débat sur le drapeau iranien reste vif. Pour la diaspora, il s'agit de rappeler que l'Iran ne se résume pas à son régime. "Nous voulons montrer au monde un autre Iran, celui de la culture, de la poésie et de la liberté", conclut Maryam. "Le drapeau que nous agitons est celui de nos rêves."
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